Depuis des années, la course aux données personnelles est un enjeu majeur pour les professionnels du marketing. Avec la montée en puissance du digital, le « big data » a pris un essor considérable avec des possibilités de ciblage de plus en plus performantes.

Mais le marché de la data peut prendre un virage tout à fait inédit. Certaines sociétés fleurissent avec un angle d’attaque radicalement différent au modèle actuel : elles proposent de rémunérer l’internaute en échange de la livraison de ses données personnelles.

Et si on aidait les annonceurs à mieux nous cibler ?

Aujourd’hui, les mastodontes du web (Google, Twitter, Facebook…) nous offrent un service gratuit avec pour principal objectif de récolter nos données personnelles et faire fortune en les vendant aux annonceurs (bon sauf Twitter pour qui cela ne suffit pas…).

A ce sujet, je vous invite à (re)découvrir cette vidéo réalisée par l’agence Adesias : « Si c’est gratuit, vous êtes le produit ».

Le modèle est aujourd’hui bien rodé même si la fronde des internautes concernant la protection de leur vie privée est de plus en plus présente (on en reparle un peu plus loin dans cet article).

Mais j’ai été très surpris de découvrir un nouveau modèle en tombant sur le site Yes profile. Ce site web propose aux internautes de basculer sur un mode de fonctionnement totalement différent. Le slogan résume à lui seul l’esprit du site :

« Votre Profil vaut de l’argent, il est loué à votre insu et sans que vous en profitiez. Reprenez le contrôle en récupérant la maîtrise et la propriété de vos données personnelles. »

Yes profile promet donc aux internautes de maîtriser leurs données personnelles et de les proposer aux annonceurs intéressés. En contrepartie, les internautes recevront un avantage financier.

En parcourant le web, je me suis vite rendu compte que ce marché n’était plus au stade embryonnaire mais prenait de plus en plus d’ampleur. Datacoup, Citizenme, Bubblews sont des exemples de start-up offrant ce service.

Oui, vous avez bien lu, certains sites nous rémunèrent contre l’échange de nos données personnelles dont sont friands les annonceurs. Après tout pourquoi pas, nos données sont vendues à prix d’or, alors pour quelles raisons ne pas en faire profiter les principaux intéressés ?

Combien peut-on gagner en livrant nos données personnelles ?

D’après le site Yes profile et son simulateur, mon profil vaudrait 212,36 € par mois ! Pas mal non ?

revenu données personnelles

Mais je vais vous décevoir, je ne vais pas toucher cette somme tous les mois en vendant mon identité numérique aux plus offrants ! Les principaux acteurs proposent des rémunérations encore assez faibles. Ces gains sont aujourd’hui minimes tout simplement parce que le marché n’est pas arrivé à maturité. Les sites manquent encore d’audience et ne peuvent attirer beaucoup d’annonceurs.

Les modes de rémunération sont assez disparates selon les acteurs du marché :

La société Yes profile propose par exemple de remplir plusieurs questionnaires pour mieux nous connaitre. Elle met ensuite en relation l’internaute et les marques intéressées par certaines données. L’annonceur rémunère Yes profile qui touche une commission et reverse la partie restante à l’internaute.

La société américaine Datacoup demande quant à elle l’accès à tous les réseaux sociaux et aux paiements bancaires effectués (rien que ça) par l’internaute. Il recevra en contrepartie une rémunération fixe d’une dizaine d’euros par mois. Si vous souhaitez en savoir plus sur le concept de la société Datacoup, je vous invite à lire l’excellent article rédigé par ActuaLitte.

Enfin, certains réseaux sociaux comme Bubblews proposent de rémunérer les utilisateurs en fonction de l’engagement généré par leurs posts. Si le réseau social gagne de l’argent, il en redistribue une partie à l’internaute.

Ce marché a-t-il un avenir prometteur ?

Difficile de dire si l’engouement des internautes et des annonceurs va être au rendez-vous. Toujours est-il que la protection et l’utilisation des données personnelles sont de plus en plus contestées par les internautes. Selon une récente étude de SerdaLab, 95% des internautes seraient préoccupés par la gestion de leur identité numérique. Une autre étude menée par Havas révèle le même sentiment d’insécurité (voir les résultats ici). Cette même étude laisse aussi entrevoir que 30% d’entre eux se disent prêts à fournir certaines données en contrepartie d’une rémunération attractive.

Ces nouvelles start-up surfent donc sur cette problématique en redonnant aux internautes le pouvoir de contrôler la diffusion de leurs données personnelles et en leur promettant un gain financier.

Mais ces perspectives réjouissantes risquent d’être très rapidement refroidies par la législation. Le conseil d’état a déjà réagi sur ces nouvelles « marketplaces de la donnée » lors de son étude annuelle 2014 sur le numérique et les droits fondamentaux  :

« Le rééquilibrage de la relation entre les éditeurs de services numériques et les internautes, qui découlerait de la reconnaissance d’un tel droit de propriété, apparaît largement illusoire. Sauf pour des personnalités d’une particulière richesse ou notoriété, la valeur des données d’un seul individu est très limitée, de l’ordre de quelques centimes ou dizaines de centimes […] Le rapport de force entre l’individu, consommateur isolé et l’entreprise, resterait marqué par un déséquilibre structurel. »

Et vous, seriez-vous prêt à donner vos données personnelles en contrepartie d’une rémunération ?

 

Sources et pour en savoir plus :

ActuaLitte / Maddyness / Yes Profile / Cnrs / Blog du modérateur / Conseil d’état

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